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Réhabiliter l’habitat en mâchefer

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L’événement est complet, les inscriptions sont closes.

Pour faire suite au séminaire du 14 octobre 2025 consacré à la réhabilitation de l’habitat en mâchefer, Ville & Aménagement Durable et le CAUE Rhône Métropole organisent une matinée de visite et d’échanges autour de deux projets en cours de réalisation.

  • Réhabilitation de l’immeuble de la Vigie, Lyon 1er
  • Réhabilitation de la Cité de l’Abbaye, Grenoble

Synthèse des échanges : visite du chantier de l’immeuble La Vigie, Lyon 9

Membres de l’équipe de MOE et entreprises présentes :

  • Nusslé architectes
  • Cabinet Bazin, économiste maître d’œuvre
  • Actiéno, BET fluides thermique
  • Chanel, façadier

Démarrage des études : juin 2022
Coût travaux : 1,6 M€ TTC
Montant des aides Eco Rénovation : 430 000 € TTC (chauffage gaz, isolation, ventilation)
Coût travaux (- aides + frais) : 1 420 000 € TTC soit 12 000 €/logement

Contexte
La Vigie est un immeuble phare de la colline de Vaise construit dans les années 1950 selon un système poteau-poutre en béton armé avec un remplissage en moellons de mâchefer. L’immeuble est situé en secteur ABF (Architectes des Bâtiments de France).

Le projet consiste en la rénovation énergétique de cette copropriété de 120 logements. Les travaux comprennent :

  • la mise en œuvre d’une isolation par l’extérieur ;
  • la rénovation de la chaufferie gaz ;
  • l’installation d’une ventilation mécanique en complément de la ventilation naturelle d’époque ;
  • le remplacement de certaines menuiseries sur la base du volontariat (certaines menuiseries ont déjà été remplacées par les propriétaires) ;
  • la fermeture des loggias côté rue ;
  • le changement de radiateurs sur la base du volontariat.

Isolation
Même si le mâchefer est un matériau à faible conductivité thermique, la mise en œuvre d’une ITE est nécessaire puisque ses façades sont constituées de moellons de mâchefer de 30 cm d’épaisseur (contrairement au béton de mâchefer qui est de 50 cm d’épaisseur). A elles seules, les façades représentent 47% des déperditions de l’immeuble.
L’isolation a d’abord été envisagée en laine de bois mais cela posait problème vis-à-vis de la résistance au feu des façades de 14 niveaux. De plus, l’épaisseur de laine de bois à mettre en œuvre pour atteindre la résistance thermique nécessaire aurait été très importante. C’est finalement la laine de roche qui a été retenue pour l’ITE. Des tests d’arrachement ont été réalisés dès la phase conception (en rez-de-chaussée ou depuis les balcons) afin d’évaluer la résistance des différents supports, la prise au vent, puis définir le type de chevilles et la profondeur d’ancrage nécessaire. Les hypothèses établies ont ensuite été vérifiées par des tests de début de chantier réalisés depuis les échafaudages.
Le projet ne prévoit pas d’isolation en toiture puisqu’elle comprend déjà un isolant de 5 à 6 cm qui avait été mis en œuvre il y a quelques années.

Energie
Le passage à l’eau chaude collective a été étudié mais le positionnement des réseaux ne permettait pas d’être conforme au DTU.
L’immeuble étant très exposé au vent, il a été envisagé de mettre en œuvre des éoliennes en toiture. Cette hypothèse n’a pas été retenue en raison du manque de place disponible, les conduits de ventilation naturelle d’origine occupent beaucoup d’espace. Certains sont d’ailleurs utilisés pour la VMC.

Façades et toiture
L’immeuble dispose d’une toiture terrasse accessible offrant une vue panoramique sur la ville de Lyon. Les architectes ont proposé aux copropriétaires de mettre davantage en valeur cet espace en remplaçant le grillage de 2 mètres de hauteur par un garde-corps. Cette solution n’a pas été retenue, faute de moyens supplémentaires.
Le traitement des façades est pensé pour mettre en valeur la symétrie du bâtiment avec un enduit de teinte claire sur les extrémités à l’écriture verticale et un bardage bois au niveau des loggias et des balcons au cœur du bâtiment. Les nez de dalle de balcons et loggias seront mis en avant pour souligner l’horizontalité sur la partie centrale.
Le projet prévoyait la réouverture des balcons fermés côté quais, mais un désaccord de certains copropriétaires a freiné cet aspect du projet.

Synthèse des échanges : réhabilitation de la Cité de l’Abbaye, Grenoble

Présentation en salle par Hubert Lempereur, architecte chez Atelier Multiple

Introduction : mâchefer et isolation
Dès le début de sa vie professionnelle, Hubert Lempereur s’est intéressé aux HBM (Habitations Bon Marché) et au matériau mâchefer. Il a notamment publié un livre consacré à Felix Dumail, un architecte qui a construit en mâchefer durant toute sa carrière. Felix Dumail considérait le mâchefer comme un matériau léger et isolant et le mettait en œuvre sous forme banchée. Ses chantiers étaient rationnalisés grâce aux chemins de grue et aux premières expérimentations du coffrage tunnel.
Dans la seconde partie de sa vie professionnelle, Hubert Lempereur s’est intéressé à la question de l’isolation des bâtiments. Les premières études menées sur l’isolation thermique des bâtiments datent des années 1920-30, y était calculée la variation de performance des murs en fonction du matériau, du pourcentage d’humidité, de la densité, etc. De ces études découlait la conductivité thermique du mâchefer, comprise entre 0,2 et 0,5.

La cité de l’Abbaye
La cité de l’Abbaye a été construite par l’Office public d’habitations à bon marché (OPHBM) à Grenoble entre 1928 et 1931. Elle est composée de trois îlots au cœur desquels se trouve des jardins. La cité de l’Abbaye a été labellisée Patrimoine du XXe siècle en 2003.
En 2017, le bailleur ACTIS qui considérait le mâchefer comme un matériau dangereux et peu solide a décidé de démolir la cité pour la reconstruire. Cette initiative a généré une vague de contestation qui a mené à l’arrêt des démolitions. L’immeubles démoli sera remplacé par un projet de construction neuve.

Réhabilitation
L’atelier multiple s’est vu attribuer la réhabilitation de deux immeubles type « A ».
Ces deux bâtiments sont constitués de paroi de 45 à 50 cm de mâchefer banché et de chaînages en béton armé. En façade, on trouve ponctuellement du ciment grenoblois naturel pour l’ornementation. Les planchers sont en structure mixte bois/métal et les cages d’escaliers sont en béton.
La rationalisation extrême des chantiers de l’époque a mené à une standardisation des logements qui sont distribués de manière identique : un couloir dessert la cuisine puis les trois chambres (dont une dispose d’un poêle). Des WC ont été rajoutés lors d’une rénovation.

Parois
Le cabinet A+W a été missionné pour caractériser les parois par l’instrumentation des logements vacants mis en chauffe pendant une quinzaine de jours. Les résultats ont donné une conductivité thermique comprise entre 0,2 et 0,5. Cela confirme les études menées dans les années 1930.
Le projet a fait l’objet d’une simulation thermique dynamique. C’est une isolation intérieure de 10 cm d’épaisseur en laine de verre qui sera mise en œuvre, cela permet d’atteindre les 81 kW/m². Le contrôleur technique s’est opposé à la mise en œuvre de laine de bois pour des raison de résistance au feu et la recherche d’économie a écarté l’option laine de roche.
Les garde-mangers d’origine sont conservés et isolés grâce à une âme isolante inclue dans les vantaux d’ouverture intérieure.
A l’extérieur, les façades sont recouvertes d’enduits traditionnels à la chaux dits « tyroliens », ils sont épais et en bon état, c’est pourquoi le projet prévoit seulement un traitement par peinture minérale. Les volets d’origine en sapin seront restaurés ou remplacés à l’identique grâce au réemploi des volets du bâtiment démoli.
Les fenêtres PVC actuelles type « réha » seront remplacées par des menuiseries bois 2 vantaux et trois carreaux avec petits bois intérieur/extérieur.

Intérieur
Les logements sont restructurés grâce à l’ouverture d’une chambre transformée en salon dans la continuité de la cuisine, ils deviennent des T3. Les WC sont élargis en salle de bain. Certains logements sont restructurés différemment pour diversifier l’offre qui comprendra des T2, T3 et T4.

L’acoustique verticale entre logements est très mauvaise à cause des planchers bois/métal non isolés. C’est pourquoi le projet prévoit un traitement des planchers existants par l’insufflation de laine de roche entre solives, la mise en œuvre d’une chape sèche sur le faux-plancher d’origine et la création d’un faux-plafond autoportant en sous-face. Ce dernier permet également de passer les réseaux.
La qualité de l’air intérieur n’étant pas très bonne, le projet prévoit la mise en place d’une VMC hygro A permettant un renouvellement d’air suffisant.

Rappel du programme

9h45 : Accueil sur site

10h00 : Visite de chantier
Réhabilitation de l’immeuble La Vigie
Le visite sera commentée par Mathieu Curings et Lucie Flipo de NUSSLE architectes
(plus d’informations à venir)

Acteurs de l’opération :

  • MOA : SDC La Vigie, représenté par la régie Gindre
  • MOE : Nusslé architectes + Cabinet Bazin (économiste) + Actiéno (BET fluide thermique)

11h00 : Transfert vers le CAUE Rhône Métropole
Temps de trajet 30 minutes

11h30 : Temps en salle
Réhabilitation de deux immeubles de la Cité de l’Abbaye, 32 logements locatifs sociaux
Le projet sera présenté par Hubert Lempereur de l’atelier Multiple

Acteurs de l’opération :

  • MOA : Grenoble Habitat
  • MOE : Atelier Multiple (architectes) + Thermibel (BET Fluides - électricité)

12h30 : Fin