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Construction de logements collectifs en paille porteuse

Fibois Auvergne Rhône-Alpes et Ville & Aménagement Durable vous invitent à la visite d’un chantier en paille porteuse à Vénissieux (69), le mardi 21 avril de 11h30 à 12h30.
Visite réservée aux adhérents de Ville & Aménagement Durable, de Fibois Auvergne-Rhône-Alpes et aux signataires du Pacte bois biosourcés.
Cette visite fut l’occasion de découvrir une construction en paille porteuse mise en œuvre par l’entreprise Paipite : des murs préfabriqués en atelier, composés de bottes de paille, cadre bois et enduit chaux sur deux faces.
Une opération de 8 logements sociaux en R+2 à Vénissieux, avec Batigère (MOA), Artech (MOE) et Apave (contrôle technique), Paipite pour les murs bois-paille et Tapio pour la structure bois.
Synthèse :
L’intérêt de la construction en paille :
L’étude Terracrea a été un élément fondateur de Nebraska. Elle met en avant qu’il y a très peu de tensions sur la ressource paille. Si l’on massifiait la construction en paille, le gisement serait largement suffisant : 5 millions de tonnes de bottes de paille finissent chaque année en déchets.
D’où l’intérêt de systèmes constructifs en paille porteuse.
Perspectives de développement de la filière et de la paille porteuse :
Nebraska travaille sur l’écriture de règles professionnelles de la paille porteuse. Un texte de 200 pages a été présenté à l’AQC qui a reconnu la crédibilité du texte.
Ce qu’il manque aujourd’hui pour que les règles professionnelles soient acceptées, ce sont :
- des essais scientifiques ;
- des retours d’expériences sur des constructions abouties.
Aujourd’hui, 150 REX de bâtiments en paille porteuses sont recensés, mais ce sont essentiellement des maisons individuelles. C’est très important d’avoir des exemples d’ERP, (tel que l’EPI – voir carnet de chantier en ligne) et de capitaliser sur ces REX.
La plupart des construction paille porteuse sont de plain-pied, les R+1 sont rares, et le chantier visité est le premier R+2 en paille porteuse, mis à part une opération avec des plus grosses bottes à Beaune.
Nebraska a été lauréat France 2030 avec le projet Pop 2030. Le laboratoire Cerib détient une part du budget qui est destiné à la réalisation d’essais mécaniques, de tenue et réaction au feu, etc.
L’intérêt de la préfabrication et ses avantages :
Le transport est peu impactant concernant l’empreinte carbone : un botte de paille peut faire 1500 km avant de relarguer l’équivalent du carbone qu’elle a séquestré.
Ce bâtiment est une première expérience de préfabrication en paille porteuse.
Le choix de la préfabrication permet notamment de répondre aux contraintes d’accès du site et à la complexité des livraisons.
La préfabrication apporte plusieurs avantages sur la gestion du chantier :
- protection à l’eau, avec un enduit de corps fermé sur les deux faces qui protège des pluies battantes (il suffit de bâcher les têtes de mur) ;
- gestion du risque feu par l’enduit qui joue le rôle d’écran thermique ;
- gestion des temps de séchage en atelier.
A noter aussi que les conditions de travail sont meilleures en atelier.
La compression des bottes entre la lisse haute et la lisse basse se fait à l’aide de quatre vérins.
Les enduits chaux fibrée sont réalisés par projection. Le mélange fibre-chaux nhl2 (plus souple que nhl3.5 pour une résistance équivalente) est humecté en bout de lance, ce qui permet d’être plus dur mécaniquement. Ce travail en atelier permet de gérer la qualité des supports qui seront réceptionnés.
Il est important d’avoir une bonne interface entre les éléments préfabriqués en paille porteuse et les éléments de construction bois. C’est-à-dire une bonne interface entre l’entreprise Paipite (paille) et l’entreprise Tapio (bois).
Chaque élément de mur préfabriqué pèse de 2 à 2,2 tonnes. Cela demande de prévoir des camions grue en conséquence pour le levage.
Comportement structurel :
Les 4 cm d’enduit de chaque côté des bottes de pailles compressée permettent de solidifier l’ensemble et de contreventer. Il permet de multiplier par 4 les performances de la paille compressée en l’empêchant notamment de flamber.
C’est le système complet qui est porteur : cadre en bois + enduit + paille.
Bien que la combinaison de ces éléments augmente la performance mécanique du système, les murs en paille porteuse restent plus fragiles et portent moins que des systèmes plus classiques. L’enjeu est de savoir adapter la conception du bâtiment en fonction : simplicité des volumes, ajouts de refends et contreventements. Quatre contreventements intérieurs sont prévus ainsi qu’une croix de contreventement.
L’opération est en zone de sismicité de niveau 3, ce qui demande de prévoir des reprises latérales.
Un facteur de sécurité de 3,3 a été imposé par le contrôleur technique pour le calcul des structures.
Ressources locales et circuits courts :
Les bois utilisés par l’entreprise Tapio pour la réalisation des ossatures vient de la scierie Eymard à Veurey-Voroize (proche Grenoble). Ils sont ensuite taillés dans les ateliers à Saint-Savin (nord-Isère), puis acheminés sur le chantier de Vénissieux.
Coûts :
L’opération sort à 2 200 euro HT / m².
C’est un peu plus qu’habituel pour la maîtrise d’ouvrage, mais s’agissant d’une petite opération (8 logements), il ne peut pas y avoir d’économie d’échelle.
Une conception minimaliste permet d’optimiser les coûts.
Il faut regarder aussi l’économie d’usages : par exemple, les performances sont proches du passif, avec une résistance thermique des murs en paille porteuse de l’ordre des 10 m². K/W. Cela devrait permettre de limiter les besoins en chauffage, bien qu’il n’y ait peu d’apports solaires passifs du fait de l’orientation est-ouest de la parcelle. Cette baisse de charges théorique est intéressante pour un bailleur social.
Le système préfabriqué fini deux faces est vendu à 550 euros HT / m². Mais l’entreprise Paipite marge très peu à ce prix, ce qui ne lui permet pas d’être rentable. L’enjeu pour Paipite est de pouvoir s’équiper petit à petit, la conjoncture actuelle ne permettant pas de faire de gros investissements. Ensuite elle pourra marger et gagner en rentabilité.
Rappel du programme :
- 11h30 : Présentation de l’opération par Paipite
- Visite du chantier
- 12h30 : Moment d’échange autour d’un en-cas
